Bellelay (clinique)

Bellelay (clinique)

C’est au XIIe s. qu’est fondée l'abbaye de Bellelay. Les bâtiments conventuels, reconstruits de 1728 à 1738 suite à plusieurs incendies, sont abandonnés par les prémontrés en 1797, suite à la suppression de l’abbaye.
En 1798, ils sont rachetés par Frédéric Japy. Il y installe une fabrique d’horlogerie qui fermera ses portes en 1804. Abandonnés pendant plusieurs années, les bâtiments sont revendus par la famille Japy au gendre de Frédéric, Jean-Pierre Monnin (1777-1853) en 1817. Ce dernier y installe une brasserie active jusqu’en 1870 et dès 1859, une verrerie active jusqu’en 1891. A cette date, les bâtiments sont vendus par la famille Monnin à l’Etat de Berne.
En 1899, ils sont transformés en hôpital psychiatrique. Il existe alors deux autres établissements du même type dans le canton de Berne, la Waldau à Berne fondée en 1855 et Münsingen en 1895, ainsi que différents asiles privés, par exemple à Bienne (1831) et à Reconvilier (1843). Néanmoins, ces établissements sont surchargés, ce qui crée un réel problème. En effet, les malades qui ne peuvent être soignés sont parfois mis en prison ou envoyés dans des asiles à l’étranger.
Dès 1850, pour remédier à cette situation, s’élèvent des demandes issues de personnalités jurassiennes. C’est le cas par exemple de la Société jurassienne d’Emulation (SJE). En 1876, le Dr. Samuel Schwab rend public un rapport proposant d’installer à Bellelay deux établissements dont le canton de Berne a besoin pour cause de surpopulation : une maison de travail obligatoire (il n’y en a alors qu’une pour le canton, à Thorberg) et un asile pour aliénés (Bellelay serait alors une sorte de succursale de la Waldau, où l’on accueillerait uniquement les malades chroniques). Cette proposition de lier deux institutions différentes en un même lieu ne fait de loin pas l’unanimité et il faut attendre 1884 pour qu’une délégation de trois conseillers d’Etat visite l’abbaye en vue d’un éventuel achat. Il n’est alors plus question d’y installer un asile pour aliénés mais uniquement un pénitencier. Le 30 novembre 1890, le Grand Conseil bernois se prononce en faveur de l’achat des bâtiments bien que leur affectation n’ait pas encore été déterminée. C’est finalement en 1894 qu’il se décide et alloue une somme de 383'000.- pour la transformation des bâtiments en asile d’incurables.

La clinique de Bellelay ouvre ses portes le 20 avril 1899. Le 15 mai, elle compte 151 malades, un nombre qui augmente rapidement : 302 en 1904, 328 en 1908, 340 en 1921. Les débuts sont difficiles. On manque de place et d’argent, alors que les bâtiments sont en très mauvais état (il faut par exemple attendre 1960 pour qu’on commence à rénover les cuisines datant de 1899 !). La surpopulation de la clinique va être un problème récurent. En 1931, on inaugure un nouveau pavillon mais qui ne devient véritablement opérationnel qu’en 1937.
L’évolution du nombre des patients peut être découpée en quatre périodes. De 1899 à 1930, le nombre de patients augmente lentement, passant de 240 à 346. De 1931 à 1938, l’augmentation est beaucoup plus forte pour arriver jusqu’à 514 (due notamment à la promulgation du décret du 21 janvier 1930 qui autorise Bellelay à traiter toutes les maladies mentales, aussi bien curables qu’incurables). De 1938 à 1958, le nombre se stabilise autour de 500. Et finalement, dès 1958, il diminue et arrive à 130 en décembre 2005 (il y a par contre 819 personnes soignées sur toute l’année, signe de meilleurs résultats de guérison et donc d’un taux moins élevé de malades incurables).
Une autre difficulté qui marque l’établissement durant toute la première moitié du XXe s. est une importante pénurie de main-d’oeuvre qui peut s’expliquer par diverses raisons. La situation isolée de l’établissement et le peu de moyen de communication pour y accéder. La mauvaise connaissance qu’on a du métier d’infirmière qui souffre ainsi d’une mauvaise réputation. Le succès dans la région de l’industrie horlogère. Et finalement la pénurie de logements pour le personnel. Bien que de nouveaux bâtiments soient construits en 1924 puis en 1939, dans les années 1940, la pénurie de logement s’aggrave et touche aussi les médecins. Il faudra attendre les années 1950 pour que ce problème soit réglé, grâce aux fonds publics et à l’initiative privée puis à la constitution de la Société coopérative des employés de Bellelay qui va construire plusieurs maisons successivement jusqu’à la création de véritables quartiers.
Dès 1946, de nouvelles lois permettent d’engager du personnel étranger qui va dès lors représenter un pourcentage important (en 1947, sur 47 infirmières, 32 sont étrangères) qui ne va cesser de croître. Dans les années 1950 et 1960, le personnel étranger, notamment italien, est employé dans diverses fonctions, aussi dans l’administration et l’économat.

Emma Chatelain, 2/02/2009
Dernière modification: 26/09/2014

Fonds d'archives

Mémoires d'Ici, dossier documentation "Services psychiatriques Jura Bernois - Bienne-Seeland (SPJBB)"; "Bellelay, clinique"

Bibliographie

Maria Nogueira, Bellelay, ancien couvent devenu hôpital psychiatrique (1789-1960), Neuchâtel : [s.n], 2007
H. Knoll, La maison de santé de Bellelay, canton de Berne, Zurich, éd. Eckhardt & Pesch, [v. 1932]
Communiqué de presse du canton de Berne (http://www.be.ch/web/fr/index/kanton/kanton-mediencenter.htm) : « La Commission de gestion renvoie deux affaires (12.01.1999) » ; « Réorganisation de l'assistance psychiatrique dans le Jura bernois (08.04.1998) »
El País,
16 août 1996
La Stampa, 17 août 1996
Associated Press
, 15, 16, 23 août 1996

Iconographie

Rénovation de l’abbatiale de Bellelay (1959-1960). Collections Mémoires d’Ici.