Thécla SA, Saint-Ursanne

En 1875, les fils de Camille Piquerez, fabricant horloger à Essertfallon (Épiquerez) et à Saint-Ursanne, quittent l’entreprise familiale et installent un atelier de boîtes de montre à Saint-Ursanne, dans le Moulin des Lavoirs appartenant à Joseph Pape. Ce dernier fait faillite et le Moulin est racheté par les frères Arthur et Léon Piquerez le 25 février 1884. De 1875 à 1905, l’entreprise opère sous le nom de « Arth. Piquerez ». Dès que les nouveaux propriétaires s’emparent du site, ils réaménagent le moulin en atelier d’horlogerie, construisent de nouveaux bâtiments sur le terrain, modernisent le canal et les installations afin d’exploiter les forces hydrauliques. En 1899, Arthur Piquerez acquiert également le terrain annexe à l’usine.
En 1905, suite à son divorce avec Thékla Piquerez née Homberger (1856-1921), Arthur quitte Saint-Ursanne et son atelier, qui est alors repris par son ex-femme sous la raison sociale « Thékla Piquerez » (inscrite au Registre suisse du commerce le 7 avril 1906). Aidée par ses fils, l’inventeur Émile Piquerez (1888-1949) et Arthur Piquerez (1896-1977) ainsi que par son homme de confiance et directeur commercial Joseph Christe, Thékla Piquerez-Homberger gère désormais l’entreprise en tant que directrice et propriétaire. Sous son égide, l’usine connaît une période de grande prospérité, croissance et diversification. Après l’externalisation de la fabrication des boîtes de montre dans la nouvelle entreprise « St-Ursanne Watch », dirigée par le fils aîné Emile Piquerez, T. produit toute sorte d’appareils électriques, fours à fondre, bougies d’allumage, pompes à essence, cinématographes et systèmes de graissage pour automobiles –, et elle fait preuve d’innovation. Pendant la Première guerre mondiale, l'entreprise adopte le procédé du matriçage à chaud de métaux non ferreux. Elle est alors la première en Suisse à l'utiliser. Les installations industrielles sur l’ancien site des Lavoirs sont continuellement agrandies et T. laisse sa trace architecturale sur le paysage autour de Saint-Ursanne par la construction d’un village ouvrier en 1918. Ce lotissement, situé en face du bourg médiéval, sur la rive gauche du Doubs, comprend 14 maisons en duplex. L’entreprise acquiert une renommée internationale et présente ses produits à la foire de Lyon en 1919. Nonobstant une baisse vers la fin de la guerre, de laquelle découleront des licenciements, Thékla reste le principal employeur du Clos du Doubs avec 800 employés environ en 1920.
Durant la même année, la directrice prend sa retraite. Elle remet les rênes de son entreprise à ses deux fils et vend sa propriété à la nouvelle société anonyme « Les Usines Thécla S.A. », fondée par ces derniers. L’ancienne directrice ne jouit que brièvement de sa retraite et s’éteint en 1921 à Paris. La survie de son entreprise n’est pas gagnée d’avance non plus : en 1921, elle fait faillite suite à la démission des frères Piquerez du Conseil d’administration. Ces derniers se rendent à Paris – emportant avec eux tous les brevets ingénieux d’Émile Piquerez – et fondent avec Joseph Christe l'entreprise Técalémit en 1921, qui deviendra une importante multinationale spécialisée dans la production de pièces de moteur de voitures.
A Saint-Ursanne, T. est reprise en 1921 par la Banque créancière (Banque Populaire) et remise sur pied par le nouvel administrateur Paul Trümpy, qui la rendra à nouveau bénéficiaire après 16 ans, à partir de 1937.
En 1925, T. ouvre une succursale à Delle, qui se spécialise dans le matriçage à chaud des métaux non ferreux. Celle-ci devient indépendante en 1933 et sera intégrée par la suite dans le groupe Valfond-Delle.
En 1954, T. fonde la Caisse de pension des usines Thécla. S. A. Elle emploie environ 170 personnes en 1971.
En 1985, lors d'un changement de direction, l'entreprise décide de redéfinir sa stratégie, de se diversifier et de se repositionner sur le marché. La plus grande presse d’Europe est installée dans l’usine en 1991.
En 1995, l'entreprise Benteler AG, Paderhorn (D) en devient l'actionnaire majoritaire. Un an plus tard, elle compte 40 nouveaux emplois et un chiffre d'affaires deux fois plus élevé pour atteindre 30 millions. En juillet 2000, l'entreprise Thécla change de nom et devient Benteler Automotive SA. En 2008, Benteler Automotive SA devient une succursale après sa fusion avec la société Kindlimann SA, à Wil (SG), une société du groupe Benteler Distribution.
En 2009, l'usine de St-Ursanne emploie 140 personnes.
En 2016, l’entreprise, qui appartient depuis sa revente en 2013 au groupe Punch Corporation sous le nom de Thécla pun.ch et emploie une cinquantaine d’ouvriers, ferme définitivement ses portes.

Emma Chatelain, 5/03/2009
Dernière modification: 15/05/2020

Fonds d'archives

CEJARE (Saint-Imier), Fichier entreprises Jura

Bibliographie

L’Ajoie, 25 juin 2015
www.chronologie-jurassienne.ch (consulté le 10.01.2020)
Feuille officielle suisse du commerce, 9 avril 1906
Le Jura, 14 janvier 1920
Jean-Daniel Kleisl, Piquerez SA et Ruedin SA. Le patronat de la boîte de montre dans la vallée de Delémont. L'exemple de E. Piquerez SA et de G. Ruedin SA à Bassecourt (1926-1982), Alphil, Delémont, 1999, p. 34-35
François Kohler, « Editorial » ; in : Généalogie jurassienne, No 86 Informations généalogiques Hiver 2015
André Petignat, Moulins et industries à Saint-Ursanne et environs, Porrentruy, 2014, pp. 225 ; 245-268
www.moneyhouse.ch (3.3.2009)
www.rjb.ch (flash du 14.01.2009 | 14:11)
Georges Schindelholz, « Thécla S.A. à Saint-Ursanne », in Les Intérêts du Jura, no 3, mars 1971, p. 82-86
Texte actualisé par Kiki Lutz (12.05.2020)


Lien: http://www.kindlimann.ch/france/commerce/index.html