Parti démocrate-chrétien du Jura (PDC Jura)

Durant la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte marqué par la crainte d'une invasion et des menées subversives, un climat d'« union sacrée » s'instaure au sein de la société helvétique et parmi les partis politiques. Les principes de fédéralisme, d'ordre et de discipline du PDC s'inscrivent dans l'air du temps et profitent au parti qui gagne progressivement la confiance des partis bourgeois. Cet esprit de conciliation se manifeste également au lendemain du conflit lorsque le PDC apporte sa caution à la nouvelle loi sur les cultes, dont l'adoption le 6 mai 1945 restaure la majeure partie des droits catholiques et résorbe ainsi définitivement le Kulturkampf.
La paix confessionnelle définitivement acquise, le PDC se détourne de l'ordre des priorités qu'il  s'était originellement fixé pour s'orienter vers une politique de rapprochement avec l'Etat bernois. Sous la pression de la nouvelle génération montante du Parti et dans l'espoir d'une participation accrue aux responsabilités, le PDC adopte ainsi une ligne politique essentiellement axée sur les problèmes socio-économiques. Cette participation aux responsabilités se traduira par l'obtention en 1946, de la présidence du Grand Conseil et de la Cour Suprême (respectivement Sylvain Michel et Pierre Ceppi) qui permettent au PDC d'envisager une accession prochaine à l'exécutif bernois. Cette opportunité ne tarde en effet pas à se présenter lorsque l'un des sièges radical au Conseil d'Etat se libère. Le PDC en profite pour soumettre la candidature de Pierre Ceppi qui s'oppose au candidat radical Virgile Moine lors du scrutin du 13 juin 1948. Cette élection marque un tournant dans la vie politique jurassienne. En effet, la défaite du candidat conservateur consacre, d'une part, l'échec de la politique de rapprochement entreprise à l'égard de l'Etat bernois et déclenche, d'autre part, une conversion à la cause de l'indépendance du Jura que le PDC érige en cheval de bataille au début des années 1960 avec l'accession aux postes-clés du parti d'anciens militants du Rassemblement Jurassien et du Groupe Bélier.
Au début des années 1970, sous l'influence de cette nouvelle génération de cadres et de l'aggiornamento catholique (Concile Vatican II), le PDC opère, à l'instar du PDC Suisse, un virage considérable sur le plan idéologique en passant de la droite au centre de l'échiquier politique. Cette politique du centre trouve sa confirmation, dans la mesure où le PDC obtient une majorité de sièges à la Constituante (19 sièges sur 50) et voit un de ses membres, François Lachat, en présider les travaux. Réduit à la marginalité sous l'ère bernoise, le PDC renforce sa position de première force politique jurassienne lors des élections cantonales de novembre 1978. En effet, crédité de près de 32,5 % des suffrages, le PDC prend la tête d'une coalition gouvernementale formée par les principaux partis autonomistes (PDC, PSJ, PCSI, PRR) et obtient la double majorité (21 députés sur 60 au Parlement et 2 ministres sur 5 au Gouvernement), reléguant ainsi le PLR dans l'opposition.
Fort de ce succès, le PDC marque cette première législature de son empreinte en soumettant à ses partenaires un programme en 27 points, au sein duquel figurent notamment la volonté de placer l'intérêt de l'Etat au-dessus des divergences partisanes, d'assurer une gestion saine et efficace des finances, de développer l'économie par l'implantation d'activités nouvelles et par la diversification industrielle, de soutenir les préalables à la construction de la Transjurane, de faciliter la réunification du Jura. Toutefois, se réclamant des principes de subsidiarité (ce principe signifie que la communauté ne doit pas assumer ce que l'individu ou le groupe peut faire par ses propres forces et par sa propre volonté), de solidarité et de fraternité, le PDC souhaite mettre la famille au cœur de cette première législature. Dans cette optique, il élabore une initiative dite de protection et de promotion de la famille en mai 1981 (finalement adoptée en mai 1988, cette loi prévoit notamment l'octroi d'allocations familiales, des mesures d'allégements fiscaux pour les familles, l'amélioration de la politique du logement etc.). Arguant de ne pas avoir été suffisamment consulté lors de l'élaboration du projet, le PSJ décide de se retirer de la Grande coalition à la veille des élections cantonales d'automne 1982. Ce retrait ne porte toutefois pas préjudice au PDC, dans la mesure où il parvient à conserver ses deux sièges au Gouvernement (François Lachat, Pierre Boillat) et ne concède qu'un siège de député au Parlement (passage de 21 à 20 sièges, cf. Député(e)s au parlement jurassien (statistiques)). Les élections cantonales ultérieures (législatures 1986-2015) verront le PDC maintenir sa représentation au Parlement (entre 19 et 22 députés, voir notice Député(e)s au parlement jurassien) comme au Gouvernement (2 portefeuilles de ministre pour les législatures 1979-1990, 3 de 1991-2002, 2 de 2003-2015, voir notices Ministres du Canton du Jura (statistiques) et Ministres de la République et Canton du Jura).
De la naissance de la République et Canton du Jura à nos jours (1974-2013), le PDC confirme également son statut de première force politique jurassienne à l'échelon fédéral. En effet, à l'exception des législatures de 1983-1987 (perte du siège de conseiller national au profit du PLR) et de 2007-2011 (perte du siège de conseiller national au profit de l'UDC), le parti bénéficie de deux sièges aux Chambres fédérales.

Consultez la liste des Président-e-s du PDC Jura depuis 1979.


Les appellations successives du parti, de 1877 à nos jours :

1877 Union des Campagnes
1890 Parti Conservateur du Jura
1903 Parti démocratique jurassien
1919 Parti démocratique-catholique du canton de Berne
1961 Parti démocratique chrétien-social du Jura
1970 Parti chrétien-social du Jura
1971 Parti démocrate-chrétien du Jura

Olivier Meyer, 14/08/2013

Fonds d'archives

Service de l'information et de la communication (SIC, Delémont), dossiers 1710-1714; 1719: PDC JURA

Bibliographie

François Donzé e.a., Le Parti démocrate.chrétien du Jura, 1977-1977 : du ghetto à la liberté, Porrentruy, 1977
Charles-André Gunzinger, Denis Moine, L’Assemblée constituante jurassienne, Delémont, 1976
Daniel Jeanbourquin, Jura Souverain. Les premières autorités, Moutier, 1981
Thibault Lachat, PDC Jura. De la liberté aux responsabilités, Delémont, 2004
PDC JURA : 100 ans de lutte : journal du centenaire : patinoire couverte, 26-27-28 mai 1978, Porrentruy, [S.l.], 1978