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Association féminine pour la défense du Jura (AFDJ)

L'AFDJ est créée en 1964, à l'initiative du Rassemblement jurassien (RJ) pour regrouper les femmes qui souhaitent oeuvrer à la création du canton du Jura. Exclusivement féminin, ce mouvement est affilié au RJ au même titre que le Groupe Bélier, qui réunit les jeunes séparatistes, ou encore que l'Association des Jurassiens de l'extérieur. Son objectif est double : lutte nationale et promotion des femmes. Il s'agit d'une association patriotique selon l'article 60 CSS. Ses organes sont l'assemblée des déléguées, le comité jurassien et l'organe de contrôle. Les membres se retrouvent au sein de sections locales elles-mêmes groupées en fédérations régionales ou de district.
Dans les années 1970, l'AFDJ compte 6'000 adhérentes. Son activité se traduit principalement par des apports logistiques et financiers à la cause jurassienne. Le programme de l'AFDJ ne variera guère pendant ses vingt premières années :
- participation aux manifestations organisées par le RJ, le Groupe Bélier, puis Unité jurassienne
- participation aux campagnes électorales importantes
- organisation de manifestations propres
- collecte de fonds pour le RJ
- envois de circulaires, distributions de tracts, récoltes de signatures
- cours d'instruction civique, cours d'histoire jurassienne dans les sections
- manifestations récréatives et culturelles (soirées, pique-nique, expositions, concours de poésie, d'histoire, de photographie, etc.)

L'AFDJ a joué un rôle important en faveur de l'institutionnalisation de la promotion de l'égalité dans le canton du Jura. Elle a rendu le terreau jurassien fertile aux revendications d'égalité entre les sexes en regroupant et en intégrant les femmes à la lutte politique. Au moment de la création du canton, elle a alors pu semer ses revendications, portées avec succès à l'Assemblée constituante par Valentine Friedli, secrétaire-caissière de l'AFDJ et seule femme députée. Elle convainc ses collègues d'inscrire dans la Constitution l'égalité des droits entre hommes et femmes, la reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal » et le Bureau de la condition féminine (BCF). « Les Jurassiennes n'ont ménagé ni leur temps ni leurs efforts dans la lutte pour la libération, il serait normal qu'elles occupent dans le nouvel Etat une place de choix », peut-on lire dans le procès-verbal du comité jurassien de l'AFDJ du 24 avril 1975. Alors que dans le nouveau canton l'AFDJ concentre ses préoccupations sur l'amélioration des conditions de vie des femmes, dans la partie restée bernoise les militantes privilégient le combat pour la réunification.
L'AFDJ a certes été l'occasion d'une prise de parole publique et d'un engagement politique des femmes jurassiennes, dont le rassemblement au sein de l'association favorise l'émergence d'une conscience collective. Pourtant, le rôle dévolu aux femmes dans la Question jurassienne s'inscrit dans la division traditionnelle du travail entre les sexes : les femmes de l'AFDJ participent de manière déterminante au combat jurassien par leurs récoltes de fonds et la mobilisation de leurs réseaux familiaux et sociaux, mais elles se voient souvent confier les tâches ingrates ou subalternes et leurs ambitions ne sont que peu prises au sérieux.

L'AFDJ est toujours en activité, mais depuis les années 1980, elle s'essouffle, dépossédée de ses deux buts fondateurs : la lutte nationale a perdu de sa raison d'être avec la création du canton du Jura ; la promotion des femmes est désormais du ressort du Bureau de la condition féminine (BCF), organe qui a rapidement pris ses distances avec l'association.

Stéphanie Lachat, 3/10/2005
Dernière modification: 1/06/2011

Fonds d'archives

Dossier de presse AFDJ établi par le Service Archives et Documentation de la République et Canton du Jura, Delémont
Archives du comité jurassien, du bureau et de l'assemblée des déléguées de l'AFDJ.

Bibliographie

Beuchat-Bessire Anne, Lachat Stéphanie, « L'Association féminine pour la défense du Jura : une école des femmes ? », in Pour une histoire des femmes dans le Jura, Porrentruy, CEH, 2001, pp. 147-176.
Ganguillet Gilbert, « L'identité partagée du Jura bernois. Les militants et la Question jurassienne », in L'Ecartèlement : espace jurassien et identité plurielle 1974-1989, sous la dir. de Bernard Prongué, Saint-Imier, Canevas éditeur, 1991, pp. 225-348.