Moutier-Grandval (premiers monastères)

Moutier-Grandval est fondé par la célèbre abbaye de Luxeuil vers 640. La grande prospérité de la maison-mère sous le gouvernement de Waldebert, son troisième abbé, incite Gondoin, duc d'Alsace, à lui accorder le Grand Val, un territoire reculé à l'entrée des gorges de la Birse. Il compte ainsi renforcer l'influence de la maison d'Alsace dans cette région peu peuplée risquant d'être attirée par la Bourgogne qui la bordait au sud. Or les cols situés à l'est de Pierre Pertuis sont aux mains des Alamans, et il convenait pour l'Alsace de disposer d'un débouché vers le sud sous sa souveraineté. A sa fondation, l'abbaye de Moutier-Grandval fait donc sans doute partie du diocèse de Strasbourg.

Les défrichements sont dirigés par Fridoald, un des derniers survivants ayant connu Colomban qui avait fondé l'ordre colombanien. Dès après la construction du monastère, un moine de Luxeuil est nommé abbé par Waldebert. Il s'agit de saint Germain.
Ce dernier aménage largement le passage de la vallée et établit une liaison directe entre le nord et le sud, soit les vallées de Delémont et de Tavannes par les gorges de Moutier et de Court.
Un successeur de Gondoin, le duc Eticho (ou Chaticus), tente d'affermir son pouvoir sur les populations du Jura, mais une révolte s'organise. C'est dans ce contexte que saint Germain et le prévôt du monastère saint Randoald se rendent vers le duc pour lui demander de ménager la population, mais ils sont tués par ses soldats à la Communance aux alentours de 675. Le martyr de saint Germain est rapporté par le moine Bobolène dans sa Vita St-Germani.

La suite de l'histoire du monastère est moins bien connue. On sait encore qu'il est intégré au diocèse de Bâle lors de la réorganisation carolingienne de 740. En 769, le roi Carloman confirme l'immunité de Moutier-Grandval, déjà accordée par son père Pépin et les rois francs avant lui. Ce privilège dispense les terres de l'abbaye des impôts et des charges publiques et permet d'affecter ses revenus à l'entretien des frères. Il établit également que Pépin en avait fait une abbaye royale au détriment du duché d'Alsace.
En 849, l'abbaye est à nouveau signalée comme appartenant à la seigneurie temporelle du comte d'Alsace Liutfried Ier, et elle est placée sous la protection de l'empereur Lothaire Ier qui confirme son immunité. Le monastère, augmentant ses possessions, va rester dans le giron alsacien et sous le contrôle des souverains (carolingiens puis bourguignon) jusqu'en 968, où Conrad de Bourgogne va obliger le comté d'Alsace à remettre l'abbaye de Moutier-Grandval sous son autorité.
En 999, un tournant décisif est pris, lorsque Rodolphe III de Bourgogne, fils de Conrad, offre à l'évêque de Bâle Adalbéron (avant 999-1025) « l'abbaye de Sainte Marie et de Saint Germain que l'on nomme Granval ». Il s'agit du premier titre authentique de la puissance temporelle des évêques de Bâle qui s'accroîtra encore par la suite.

Entre 1049 et 1115, la communauté de moines se réorganise autour de chanoines bénédictins. Cela correspond à la naissance du chapitre de Moutier-Grandval.

Ludwig Poget, 10/11/2008
Dernière modification: 2/11/2009

Bibliographie

Auguste Quiquerez, Monuments de l'Ancien Evêché de Bâle : églises (ms. transcrit par Marcelle-France Reymond, Milena Hrdina et Joseph Hanhart), 1983
Moine Bobolène, Vie de Saint Germain (reprint : Passio Sancti Germani Grande Vallensis, Codex Sangallensis 551), Neuallschwil, 1985
Ansgar Wildermann, « Moutier-Grandval », in Hevetia Sacra, III/1, Berne, 1986, pp. 283-288
Jean-Claude Rebetez (éd.), La donation de 999 et l'histoire médiévale de l'ancien évêché de Bâle , Porrentruy, 2002
www.be.ch (novembre 08)
www.encyclopedie-universelle.com (novembre 08)
www.helvetiasacra.ch (novembre 08)

Kathrin Utz Tremp, Stéphanie Lachat, « Moutier-Grandval », in Dictionnaire historique de la Suisse [publication électronique DHS], version du 16.6.2008

Lien: http://www.moutier.ch/new/navig/general/histoire/index.htm