Mont Terri (site archéologique, Cornol)

Mont Terri (site archéologique, Cornol)

Objet : site de hauteur fortifié
Datations : Néolithique, Age du Bronze, Age du Fer, époque gallo-romaine, Haut Moyen Age, Bas Moyen Age, époque moderne
Fouilles : 1840-1845, de Koeckler et Maupassant ; 1861-1862, A. Quiquerez ; 1923-1925, F.-E. Koby et A. Perronne ; 1932-1933, A. Gerster ; 1984-1985, 1987, Université de Bâle, L. Berger, F. Müller, P.-A. Schwarz e.a.
Collections : Office de la culture, Porrentruy

A droite de la route principale reliant Courgenay à Cornol et au-dessus de l'entrée du tunnel de l'autoroute se dresse un sommet boisé, le Mont Terri, formant contrefort à la chaîne du Lomont ; ce crêt en est séparé par la combe, dite « Derrière Mont Terri ». Le site fortifié est localement dénommé « Camp de Jules César ».
Dès le début du XVIIIe siècle, le Père Jésuite Dunod y situe le camp de base de César lors de la bataille décisive contre Arioviste, en 58 av. J.-C. Au XIXe siècle, MM. de Koeckler et de Maupassant, propriétaires, y effectuent quelques fouilles, sévèrement critiquées par Auguste Quiquerez. Il les accuse d'avoir préalablement enfoui les futures trouvailles mises au jour, ce qui se révéla exact. Celui-ci reprend le flambeau vingt ans après et intitule une de ses oeuvres publiée en 1862 « Le Mont-Terrible », où il situe, de façon erronée, le point stratégique du combat entre les Romains de César et les Suèves d'Arioviste.
Le XXe siècle apporte plus de rigueur avec les fouilles d'Alban Gerster, puis, dès 1984, celles de l'Université de Bâle, soutenues par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et le Canton du Jura.
Le sommet du Mont Terri forme un plateau de quatre hectares, dont le flanc ouest et l'angle sud-ouest sont défendus par des falaises impressionnantes ; le haut des pentes sur le reste du pourtour est fortifié par un rempart particulièrement étudié lors des plus récentes fouilles. L'extrémité sommitale porte encore les traces d'une construction médiévale.
Les témoignages indiscutables les plus anciens proviennent du Néolithique. Ce sont des pointes de flèches et autres outils de silex, des haches de pierre polie et un fragment de poterie décorée. Les tessons de céramique de la fin de l'Age du Bronze moyen et du début de l'Age du Bronze final sont plus nombreux, mais leur position stratigraphique a été modifiée par les occupations ultérieures du site. Quelques objets hallstattiens proviennent peut-être de sépultures.
La période de La Tène finale permet de mettre en corrélation les découvertes archéologiques et les premiers événements de l'histoire. A cette époque, un habitat fut détruit par le feu et remplacé par un rempart gaulois de type murus gallicus (armature de troncs ou poutres formant des caissons remplis de pierres et de terre). L'archéologue Peter'Andrew Schwarz émet l'hypothèse que l'abandon de l'habitat pourrait correspondre à l'exode des Hélvètes et des Rauraques en 58 av. J.-C. L'édification de la fortification coïnciderait avec le retour des Rauraques dans leur territoire, après leur défaite face à César. Cette interprétation est remise en question si l'on accepte le fait que, selon Jean-Daniel Demarez, l'Ajoie n'était pas occupée par les Rauraques, mais bien par les Séquanes au Ier siècle av. J.-C. Dans ce cas, l'édification du rempart pourrait être mise en relation avec un besoin de la population locale de se mettre à l'abri face aux Suèves conduits par Arioviste, voire face aux peurs provoquées par l'armée romaine. Il faut relever ici que seule une pièce de monnaie de solde témoigne d'une présence militaire possible au Mont Terri, mais à l'époque augustéenne, soit 40 ans plus tard que le début de la guerre des Gaules.
Trois siècles plus tard, la situation politique s'étant dégradée, le site fut à nouveau fortifié et occupé. On a retrouvé au Mont Terri des pointes de flèches métalliques, des fragments de pièces d'armement et d'équipement. De cette époque datent les plus récentes pièces de monnaie émises jusqu'à 353 apr. J.-C.
Des objets isolés signalent des passages épisodiques aux temps mérovingiens, et il faut attendre le Xe siècle pour retrouver une pièce de monnaie datable : un denier d'argent frappé à Bâle, sous le règne de Louis IV l'Enfant (899'911), dernier Carolingien ayant régné dans nos contrées. Remplaçant probablement une tour en bois, une tour en pierre dut être édifiée au XIIIe siècle Ses fondations sont encore visibles au sommet, comme le rempart qui la protégeait.
Les grottes de la falaise sud, explorées par Albert Perronne, servirent de refuge à la « dernière druidesse » du lieu, selon la légende rapportée par Von Hornstein.

Voir aussi la notice Archéologie.

Claude Juillerat et François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997, 1/12/2005
Dernière modification: 28/07/2010

Bibliographie

Célestin Von Hornstein, Fêtes légendaires du Jura bernois, 1924 (reprint 1978), pp. 53-55
Guido Helmig, « Zur Geschichte des Mont Terri », in Archéologie suisse, 7, 1984, pp. 104-112
Gilbert Kaenel, « L'occupation celtique du Mont-Terri (Jura) sur la base d'anciennes collections jurassiennes », in Annuaire de la Société suisse de Préhistoire et d'Archéologie, 67, 1984, pp. 95-119
Peter-Andrew Schwarz, « Le Mont-Terri », in Guide archéologique de la Suisse, 26, Porrentruy, 1991
Peter-Andrew Schwarz, Die spätlatènische und spätrömische Hohensiedlung auf dem Mont Terri (Cornol JU), Bâle, 1993
Claude Juillerat, François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997
Jean-Daniel Demarez, Répertoire archéologique du canton du Jura du Ier siècle avant J.-C. au VIIe siècle après J.-C. (CAJ n° 12), Porrentruy, 2001
www.jura.ch (novembre 2008)

Iconographie

Le Mont Terri se trouve sur les contreforts septentrionaux de la chaîne jurassienne, au pied du col des Rangiers qui permet de relier l'Ajoie et la vallée de Delémont.

Lien: http://w3.jura.ch/services/oph/sar/Sites_nonA16/COR-MT/COR-MT-Texte.htm