Sautebin (-Pousse), Marie-Thérèse (1947-)

Sautebin (-Pousse), Marie-Thérèse (1947-)Originaire de Mervelier. Née le 9 août 1947 à Saint-Ouen-en-Belin (Le Mans, Sarthe, F). Parents agriculteurs. Mariée à Paul Sautebin (1972-1997), horloger, syndicaliste, militant LMR/PSO (Ligue marxiste révolutionnaire/Parti socialiste Ouvrier). Divorcée en 1997. Un fils né en 1978.

Enseignante et formatrice d’adultes. Fondatrice d’espace de femmes pour la formation et l’emploi (effe) à Bienne. Militante syndicaliste (SSP/VPOD) et féministe (Femmes en Lutte, Biel/Bienne) et engagée au sein de la Ligue marxiste révolutionnaire (LMR) / Parti socialiste ouvrier (PSO). Élue au Conseil de Ville de Bienne LMR/PSO, puis Alliance Verte et sociale (AVeS), 1985-1993.

Formation
Après une scolarité au village puis au Mans (F) dans un pensionnat catholique pour filles (Baccalauréat, 1966), S. étudie les lettres à l’Université du Mans puis de Caen (F), et obtient une Licence pour l’enseignement de l’anglais (1969) et de l’espagnol (1971). À la fin des années 1980, elle reprend des études à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FAPSE, Genève) pour obtenir une Licence en sciences de l’éducation (1994, Mémoire de fin d’études : « Femmes au foyer, une identité à l’épreuve »). Formation continue « Bilan de compétences personnel et d’équipe » au Centre académique de formation continue de Montpellier (F, 1996).  

LMR et féminismes
Née dans une famille d’agriculteurs engagés dans la reconstruction de l’après-guerre, S. fait partie des premières générations issues du milieu rural à accéder à des études supérieures. Elle est étudiante en mai 1968 et s’engage au sein du Mouvement rural des jeunesses chrétiennes (MRJC). Installée à Bienne suite à son mariage en 1972, ses diplômes ne sont pas reconnus. Elle multiplie les emplois à temps partiel (cours de langues, secrétariat et traductions à Heuer-Leonidas et dans un cabinet d’avocates) et se consacre au militantisme à la LMR, au sein de laquelle elle endosse de nombreuses tâches et responsabilités (commission femmes, rédaction d’articles pour La Brèche, etc). À Bienne, elle est notamment engagée aux côtés des réfugiés chiliens et récolte des témoignages d’ouvriers saisonniers ou d’ouvrières de l’horlogerie pour La Brèche. Pendant les années de crise économique (dès 1973), elle milite aux côtés des grévistes (Burger & Jacobi 1974, Bulova, 1976) et contre les licenciements (General Motors, 1975). Membre  de la Commission femmes de la LMR et membre de Femmes en lutte (proche du mouvement de libération des femmes MLF), S. s’engage pour l’égalité, notamment dans le cadre des campagnes nationales pour la libéralisation de l’avortement (Initiative pour la décriminalisation de l’avortement, 1971 , retirée par les initiant·e·s, et Initiative pour la solution des délais, refusée le 25.09.1977) de même que pour la protection de la maternité (Initiative pour une protection efficace de la maternité, refusée le 2.12.1984), ainsi qu’à Bienne pour la mise en place d’un Centre d’information et de consultation sexuelle (CISC). S. est aussi engagée dans la lutte contre la suppression de l’interdiction du travail de nuit des femmes. Dès le milieu des années 1970, elle fait partie du comité d’initiative pour l’égalité des droits (Initiative Égalité des droits entre hommes et femmes, acceptée par le peuple et les cantons le 14.06.1981 dont Berne : 61,35% et Jura : 76,54%).

Élue au Conseil de ville
En 1985, S. est élue au Conseil de ville à Bienne (LMR/PSO, puis Alliance Verte et sociale (AVeS) dès 1989) aux côtés de Sylviane Zulauf-Catalfamo. Dans ce cadre, elle s’engage entre autres pour l’intégration des personnes migrantes, pour les droits des femmes et pour le bilinguisme. En 1986, elle intervient en faveur du développement du Planning familial de Bienne. En 1987, elle dépose une motion pour la création d’un bureau « pour les droits de la femme » à Bienne, dans la foulée de la Motion déposée par Sylviane Zulauf-Catalfamo au Grand Conseil bernois. S. interpelle également à plusieurs reprises le Conseil municipal au sujet de l’égalité entre femmes et hommes face à l’emploi, et obtient que les offres d’emploi soient rédigées au masculin et au féminin (1987). Elle défend de nombreuses causes, dont celle du personnel de nettoyage municipal, au tournant des années 1990. En 1990, elle dépose également une motion demandant des rues et des places portant des noms de femmes à Bienne, ou encore le relevé par la police des plaintes pour violences conjugales. Elle démissionne en 1993.

Formatrice d’adultes
S. est également connue en tant que pionnière dans le domaine de la formation pour adultes, la réinsertion professionnelle et le développement des bilans de compétence. Ayant consacré près de deux décennies à ses engagements politiques et sans emploi fixe, elle amorce sa reconversion professionnelle au tournant des années 1990. À cette époque, Bienne connaît une nouvelle période de récession économique (9,9% de chômage à Bienne en 1993, un des taux les plus élevés de Suisse et les femmes sont particulièrement touchées). S., qui achève alors une formation en sciences de l’éducation à l’Université de Genève, est mandatée pour donner des formations à l’Office de l’orientation professionnelle et développe des modules de cours pour adultes à l’Université populaire (prendre la parole en public, acquérir plus de confiance en soi, valoriser ses compétences). Cette expérience l’amène à co-fonder effe (espace de femmes pour la formation et l’emploi, devenu espace de formation, formation d'espaces – également ouvert aux hommes – puis espace de formations / fachstelle für erwachsenenbildung), où collaboreront notamment Félicienne Villoz-Muamba et Glenda Gonzales-Bassi. Dans cette structure, elle transmet sa vision des bilans de compétence et de la « pédagogie du cerf-volant », visant à valoriser l’ensemble des expériences de vie, en plus des diplômes et qualifications professionnelles. Elle développe cette vision dans diverses publications et dans deux ouvrages : Bilan-portfolio de compétences, histoire d’une pratique (1998, ouvrage collectif traduit en allemand, espagnol et italien) et Déployer les compétences et pouvoir agir : ou l'envol du cerf-volant (2007). En 2011, S. prend sa retraite et continue à s’engager bénévolement en tant que formatrice au sein de la Coopération pédagogique en Afrique – CPA, dans le cadre de laquelle elle publie en 2022 un Guide pédagogique de formation continue des enseignant-es.

Membre et prix
S. est membre de la Commission cantonale pour les questions féminines (1994-2005), de la Commission de l’Office cantonal de la formation des enseignants et adultes (1994-2006) et de la Fondation du Forum du bilinguisme (1996-2008). Elle participe au cours de sa vie à de multiples rencontres et séminaires d’échanges internationaux dans les domaines des droits des femmes, de l’éducation des adultes, etc. En octobre 2000, à l’occasion du 2e Synode suisse des femmes, placé sous le thème du « travail dans tous ses états », S. se voit décerner le « prix femmes » pour ses recherches sur les bilans de compétences.

Anne-Valérie Zuber, 9/06/2022
Dernière modification: 25/06/2022

Bibliographie

AEHMO, Fonds de témoignages d'anciennes et anciens militants LMR, https://archives.aehmo.org/index.php/temoignage-49 (consulté le 8.5.2022)
Catherine Favre, « Marie-Thérèse Sautebin-Pousse », in Association Femmes en réseau Bienne (éd.), bieler frauen - grâce à elles, eFeF-Verlag, Biel/Bienne, 8 mars 2009, pp. 75-79.
Catherine Favre, « Cherche homme », in Journal du Jura, 17.12.1987
Fondation CPA, http://www.valaissolidaire.ch/associations-membres/32-fondation-cpa (consulté le 8.5.2022)
Marie-Thérèse Sautebin, « Planning familial à Bienne : un dixième de poste ! », in Journal du Jura, 17.12.1985
« Première reconnue », in L’Impartial, 17.12.2001
« Synode des femmes, une biennoise récompensée », in L’Express, 30.20.2000
« Femmes et emploi » in Journal du Jura, 30.12.1988
« Femmes aux barricades », in L’Express, 01.07.1986
« Information sexuelle et de consultation : Pour un centre de prescription ou d’information ? », in L’Express, 09.01.1980
Anne-Valérie Zuber, L’Arc jurassien, un terrain d’émancipation pour les femmes? Trajectoires militantes dans une région périphérique (1968-1995), Thèse de doctorat sous la direction de Prof. Kristina Schulz et la co-direction de Prof. Sylvie Chaperon, Université de Neuchâtel [en cours]

Informations transmises par Marie-Thérèse Sautebin, le 16.05.2022

Iconographie

Marie-Thérèse Sautebin, photo privée (2015) fournie par Marie-Thérèse Sautebin