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Centre de santé sexuelle, Biel/Bienne

Le Centre de santé sexuelle de Bienne propose des consultations gratuites sur les thèmes de la sexualité et de la grossesse, qu’elle soit désirée ou non. Créé en 1972 au sein du Centre hospitalier de Bienne (CHB, appelé à l’époque « Hôpital régional de Bienne »), le planning familial biennois a toujours été « prescripteur » (qui peut prescrire la pilule – au contraire du Planning jurassien). En 2022, le centre propose également des contrôles gynécologiques. Il accompagne les interruptions de grossesse et les naissances confidentielles, apporte de l’aide en cas de violences sexuelles et sert de point de contact du Réseau contre l’excision des filles en Suisse. Anciennes appellations : Planning familial; Service de consultation et planning familial; Service de consultation en santé sexuelle et planning familial.

Création du Planning familial à Bienne

Alors que la première initiative populaire fédérale « pour la décriminalisation de l’avortement » est lancée en 1971, le biennois Hans Kern (directeur des œuvres sociales) et le Dr Urs Eggimann (chef de clinique, puis longtemps médecin adjoint de la Clinique de gynécologie et obstétrique) s’allient à Theres Eggimann (assistante sociale) et Susanne Audétat (assistante sociale, théologienne et laborantine) pour créer un centre de Planning familial au sein du CHB, en 1972. Il est ouvert tous les mercredi soirs, de 18h00 à 20h00, bien que dans les faits, les consultations se poursuivent parfois jusqu’à minuit d’après Urs Eggimann. La création du centre est motivée entre autres par la volonté de réduire les temps d’attente pour les personnes souhaitant procéder à une interruption de grossesse, puisqu’à l’époque, l’aval d’un médecin, d’un·e psychiatre et du médecin cantonal est nécessaire. Il répond aussi à un besoin puisque neuf consultations sur dix concernent des interruptions de grossesse.

En 1986, dans le cadre de l’entrée en vigueur de la Loi fédérale sur les centres de consultation en matière de grossesse, le canton de Berne ouvre des centres dans tous les hôpitaux régionaux et élargit les prestations des centres déjà existants. À Bienne, le centre, toujours sous la direction du Dr Urs Eggimann, a pour la première fois ses propres locaux et est doté d’une médecin généraliste, Dr Liselotte Günzinger (50%, remplacée en 1988 par Dr Ruke Wyler), d’une conseillère en planning familial, Nicole Stauffacher (50%), et d’une assistante sociale, Theres Eggimann (30%). Le centre pratique toujours les interruptions de grossesse (l’accord d’un·e psychiatre n’est plus nécessaire depuis la nouvelle loi de 2002) et développe ses activités de prévention et l’information sur la contraception, en intervenant notamment auprès des jeunes et en participant à divers événements culturels (p. ex. Pod’Ring) ou en décorant des vitrines de pharmacies.

Un CISC au centre-ville ?
Affilié au CHB, le centre biennois est « prescripteur » dès sa création. Son ancrage au centre hospitalier, excentré par rapport au centre-ville, va donner lieu à une vive polémique à la fin des années 1970, lorsqu’un comité dépose une initiative visant la création d’un Centre d’information sexuelle et de consultation (CISC) à Bienne (dépôt en septembre 1978). La proposition s’inscrit dans le sillage de la votation populaire pour la « décriminalisation de l’avortement » (1977), refusée par le peuple suisse mais accepté par 75% des votant·e·s à Bienne, et est portée par des personnalités issues des milieux féministes locaux (dont Marie-Thérèse Sautebin et Ariane Tonon). L’initiative vise la création d’un centre prescripteur au centre-ville, accessible à toutes et tous, qui dispense des informations sur la sexualité, la contraception et l’interruption de grossesse, propose des consultations gynécologiques et dispense des conseils avant et après un accouchement. Cette nouvelle entité est conçue comme un organe indépendant des médecins établis dans la région et vise à pallier le manque de gynécologues ainsi que les moyens restreints du planning existant au CHB (l’initiative est déposée avant le remaniement du centre). Vivement controversée par les milieux médicaux et bourgeois, cette initiative débouche sur un contre-projet transformant la proposition en un centre informateur, puis un référendum (lancé juste après la décision du Conseil de ville de soutenir de la création du CISC, le 18 mars 1982), qui mènent à l’abandon du projet, refusé par le corps électoral en juin 1983.

Le Centre de santé sexuelle
Au fil des années, le planning continue d’évoluer au sein de l’hôpital biennois. En 1994, il accueille l’assemblée constitutive de l’Association suisse de Planning familial et d’Éducation sexuelle (organisation faîtière, membre de la Fédération internationale pour la planification familiale IFPF). Au moment du 10e anniversaire du centre, en 1996, l’équipe est constituée de Dr Urs Eggimann (directeur), Elisabeth Melchert (assistante sociale depuis 1988), Jacqueline Hotz (médecin) et Nicole Stauffacher (conseillère en planning familial). Au début des années 2000, l’introduction des interruptions de grossesse par voie médicamenteuse facilite le développement des prestations ambulatoires du centre. Depuis le 13 septembre 2021, le Centre se trouve au centre-ville, à la Place de la gare 2, à Bienne.

Réseau
Le Centre de santé sexuelle biennois fait partie du réseau national Santé sexuelle Suisse et travaille en étroite collaboration avec les services sociaux (CSP, Caritas, Armée du salut, etc.), Pro Familia, le centre LAVI et Solidarité Femmes, de même qu’avec l’Aide suisse contre le Sida et le Réseau contre l’excision des filles en Suisse.

Auteur·trice du texte original: Anne-Valérie Zuber, 25/06/2022

Bibliographie

Andrea Auer, « Pour les droits de la femme », in À Propos, Centre hospitalier biennois, n°3, 2017, pp. 8-10
Catherine Favre, « Mal planifié ? », in Journal du Jura, 10.04.1987
Ariane Tonon, « Die Eröffnung eines Zentrums für sexuelle Information und Beratung (CISC) in Biel: ein Kampf gegen Ärtzte und bürgerliche Parteien », in Emanzipation : Feministische Zeitschrift füt kritische Frauen, Band 9, Heft 5, 1983
« Ein Beratungsteam für werdende Familien », in Bieler Tagblatt, 18.11.1996
« Campagne pour le CISC », in Femmes suisses et le Mouvement féministe, organe officiel des informations de l’Alliance des Sociétés féminines Suisses (ASF), n°71, février 1983
« Pour un centre de prescription ou d’information ? », in L’Express, 9.01.1980

Informations transmises par Claudia Maurer (Responsable du Centre de santé sexuelle, Biel/Bienne), le 11.03.2022 et Marie-Pierre Fauchère (Responsable Communication & marketing du Centre de santé sexuelle, Biel/Bienne), le 24.06.2022.

Suggestion de citation

Anne-Valérie Zuber, «Centre de santé sexuelle, Biel/Bienne», Dictionnaire du Jura (DIJU), https://diju.ch/f/notices/detail/1003897-centre-de-sante-sexuelle-bielbienne, consulté le 10/12/2022.

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