Tour Saint-Martin, dite Tour de la Reine Berthe (site archéologique, Saint-Imier)

Tour Saint-Martin, dite Tour de la Reine Berthe (site archéologique, Saint-Imier)

Objet : église (clocher et porche)
Datations : époque gallo-romaine, Haut Moyen Age, Bas Moyen Age, époque moderne
Fouilles : 1906 ; 1969-1971, von Fischer et E. Bueche ; 1986-1987, 1990, Service archéologique du canton de Berne (SAB), P. Eggenberger et Atelier d'archéologie médiévale (AAM)
Collections : SAB, Berne

Dédiée à saint Martin, l'ancienne église paroissiale de Saint-Imier s'élevait à l'endroit de la première sépulture de saint Imier rapportée par l'hagiographie.

Cet endroit a été le théâtre d'une activité humaine bien avant l'érection de la première église, puisqu'en 1904, des ouvriers, creusant le sol à quelques mètres de l'angle extérieur nord-ouest de la tour, ont exhumé un petit vase de terre cuite contenant quinze pièces de monnaies romaines en cuivre, s'échelonnant de l'an 70 jusqu'à 353. Le fait d'avoir été trouvées à proximité d'ossements ne prouve pas que ces pièces aient été mises dans une sépulture. Elles peuvent avoir été enfouies à l'approche des Alamans, au milieu du IVe siècle.

Les premières constructions
Les témoins des plus anciens bâtiments sont situés à l'est de la Tour Saint-Martin. Le premier est érigé entre le VIe et le VIIIe siècle, à proximité de deux tombes creusées entre le Ve et le VIIIe siècle, et on a relevé plusieurs phases de construction successives en maçonnerie. Cet édifice est transformé à la fin de l'époque carolingienne, et son statut d'église est de plus en plus certain. Plusieurs tombes sont encore implantées dans cette zone, avant son remaniement complet.

L'église gothique
Cette église était d'expression épurée : elle n'avait qu'une nef rectangulaire sans bas-côté et se terminait à l'est par un choeur quadrangulaire. Son sol était constitué de pierres tombales, abritant de nombreuses sépultures (bien que le cimetière principal se trouve à l'extérieur de l'édifice) ; ses fenêtres étaient petites, à plein cintre et son plafond en bois; des pierres plates recouvraient son toit peu incliné. Cette nef devait dater des XIIIe-XIVe siècles.

Plusieurs chantiers de transformation ont eu lieu avant le début du XIXe siècle où l'édifice servait encore au baptême et à l'instruction religieuse des enfants. Mais, après avoir servi de salpêtrière puis d'écurie, de hangar et de remise pendant la période napoléonienne, l'église Saint-Martin fut vendue à un particulier en 1825.
Elle a été démolie peu après, en 1828, pour laisser sa place à des dépendances de l'Hôtel de Ville. Actuellement, ces bâtiments abritent le Centre de Culture et de Loisirs de Saint-Imier. Lors de la démolition de la nef, on trouva dans le choeur un sarcophage formé de plusieurs morceaux de tuf, mais il ne renfermait plus d'ossements.

La Tour Saint-Martin
L'ancien clocher, par contre, a été conservé. Cette tour, de section carrée, est bâtie en pierre de taille grise. La porte d'entrée s'ouvre à l'ouest et possède un arc en plein cintre formé de voussoirs cunéiformes reposant sur des pieds-droits construits irrégulièrement. Les fenêtres des premier et deuxième étages sont très petites, tandis qu'au sommet, les quatre faces sont percées de fenêtres géminées à plein cintre construites en pierre jaune d'Hauterive. Le toit a quatre pans inclinés, couverts de dalles. Malgré son architecture rappelant l'époque romane, cette tour de style archaïsant doit dater des XVe-XVIe siècles.

A l'intérieur de la tour même, seuls quelques ossements ont été découverts. On peut y voir une cuve en pierre, ovoïdale, trouvée lors de la démolition d'un petit immeuble situé au sud-ouest du bâtiment. La charpente et l'escalier menant au beffroi ont été remplacés. La porte qui menait de la tour à la nef a été dégagée et un bel arc en plein cintre de pierre rougeâtre est ainsi apparu.
La fresque, de style baroque, reconstituée en 1970, remonte à la fin du XVIIe siècle, ainsi que l'auvent qui la protège. Un grattage des restes de cette fresque a révélé l'existence d'une autre, datant du XVIe siècle, aux armes de Philippe de Gundelsheim, prince-évêque de 1527 à 1553.

La cloche ou gros-bourdon, dite tocsin, a été fondue en 1512 sur l'ordre du dernier prévôt du chapitre de Saint-Imier, Jean Belleney.

L'horloge de la face nord est citée pour la première fois en 1629. Son mécanisme, fort bien conservé, est attribué à des artisans francs-comtois du XVIIIe siècle.

Le coq ornant le faîte du toit est nouveau.

Notons encore que la tour Saint-Martin est souvent appelée tour de la Reine Berthe par les gens de la région. Ils s'imaginent qu'elle a été érigée grâce à la reine Berthe de Bourgogne, confondue avec la comtesse Berthe de Granges, épouse d'Ulrich II de Neuchâtel ; en effet, ces derniers firent de multiples dons à la paroisse et au chapitre de Saint-Imier.

Voir aussi la notice Archéologie.

Claude Juillerat et François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997 (complété en 2008 : Ludwig Poget), 29/10/2008
Dernière modification: 28/07/2010

Bibliographie

Jean-Michel Saurer, Les églises romanes de St-Imier, Berne, 1965.
Commission d'histoire du 1100e anniversaire de Saint-Imier (réd.), Saint-Imier : 884-1984, Saint-Imier, 1984
Peter Eggenberger e.a., « La peinture sépulcrale de l'ancienne église Saint-Martin à Saint-Imier », in Archéologie suisse, 16/2, 1993, pp. 91-92
Claude Juillerat, François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997
Daniel Gutscher (dir.), Saint-Imier, ancienne église Saint-Martin : Fouilles archéologiques de 1986/87 et 1990, Berne, 1999
Jean-Daniel Demarez, Répertoire archéologique du canton du Jura du Ier siècle avant J.-C. au VIIe siècle après J.-C. (CAJ n° 12), Porrentruy, 2001
Laurent Auberson, « les premiers établissements religieux du Jura septentrional », in Jean-Claude Rebetez (éd.), La donation de 999 et l'histoire médiévale de l'ancien évêché de Bâle , Porrentruy, 2002, pp. 287-307

Iconographie

En 1984, le graphiste valaisan Michel Dayer a choisi le cadran de la tour Saint-Martin comme sujet principal du timbre de 50 centimes qu'il a conçu pour illustrer le 1100e anniversaire de Saint-Imier.