Mandelert, Pierre (1811-1871)

Né à Château-Lambert (aujd. Haut-du-Them-Château-Lambert, Haute-Saône, F) le 17 septembre 1811. Décédé le 25 juillet 1871 à Létraye près Le Thillot (certainement sur la commune de Ramonchamp, Vosges, F), tout près de Château-Lambert, dans sa 60e année. Fils de Jean-Claude Mandelert, marchand, et de Marie Barbe Laurent. Épouse à Granges, le 1er juin 1847, Marie Hofstetter, née à Péry le 17 août 1827, union dont sont issus trois garçons, tous nés à Bellelay : Auguste (1848), Hippolyte (1852) et Léon (1856, mort après 22 jours). Un faire-part de deuil donne à penser que la famille Hofstetter était bien établie dans la région. De plus, c’est « un paysan de Bellelay, A. Hofstetter », qui au XIXe siècle donne un nouvel élan à la tête de moine, remportant « des distinctions prestigieuses, notamment au Concours universel de Paris de 1856. » Si le lien de parenté avec Marie n’est pas clair, tout laisse cependant croire qu’il s’agit d’Abram Hofstetter, associé de Mandelert dans l’exploitation du domaine de Bellelay et représentant de Gustave lors de la vente du domaine à ses deux frères.
Mandelert est domicilié à Bellelay depuis 1848 au moins, peut-être déjà dès 1843, lorsque Louis Auguste et Frédéric Louis Monnin, établis à Paris et La Chaux-de-Fonds, reprennent l’exploitation du domaine des mains de leur frère Gustave et pourraient l’avoir engagé pour gérer la brasserie. Ce qui est certain par contre, c’est qu’il n’est pas le maître-brasseur des Monnin, ce dernier n’étant autre que Frédéric Müller, futur fondateur de la brasserie Müller à Neuchâtel. Toutefois, les Monnin emploient Mandelert avec certitude en 1851, puisqu’il signe les factures en lieu et place des gérants désignés, Auguste et Louis Monnin, dont il est certainement le représentant. En novembre 1858 en tout cas, il  est désigné mandataire par les frères Monnin, ceux-ci ne résidant pas sur place, et il s’engage pour douze ans, soit jusqu’en 1870, pour diriger et surveiller l’exploitation du domaine. Mandelert est donc le gérant du domaine et s’occupe plus particulièrement de la gestion de la brasserie, jusqu’à sa liquidation en 1870. Il est secondé par Abram Hofstetter (son beau-frère ?), qui s’occupe du reste du domaine. Les appointements de Mandelert sont conséquents puisqu’il perçoit un salaire annuel de 1200 fr., augmenté d’une participation d’un tiers aux bénéfices de la société, en plus d’être nourri et logé avec sa famille. Pierre Mandelert apparaît par ailleurs comme négociant et représente un commissionnaire de La Chaux-de-Fonds dans des adjudications publiques en 1861 et 1862, se portant garant pour lui, ce qui atteste de la notabilité dont il jouit sur place.
Membre de la Société jurassienne d’Émulation (SJE) depuis 1855, proposé par Auguste Quiquerez. Auteur régulier dans les ASJE, la Table de ces derniers recensant 11 articles ou documents publiés par lui. Comme l’a montré Cyrille Gigandet, dans les années 1850-1860, l’abbé Saucy et Mandelert sont les deux « grands amoureux de Bellelay ».
Les travaux de Mandelert recensent nombre de documents et d’objets aujourd’hui disparus. Le gérant du domaine de Bellelay passe en effet une partie de son temps à fouiller les recoins du domaine et des bâtiments dont il a la charge, accumulant une collection archéologique et de nombreux papiers récupérés, par exemple, « dans un corridor » de Bellelay.
Mandelert est aussi l’instigateur et l’organisateur de l’assemblée générale de la Société jurassienne d’Émulation tenue à Bellelay le 18 août 1857. Il accueille les sociétaires en son nom et celui des frères Monnin. Il leur fait goûter sa bière et expose les pièces de son importante collection : documents, livres, manuscrits, peintures et objets. En remerciement pour la peine que lui et son épouse se sont donnée, Mme Mandelert est reçue membre honoraire de la SJE.
Le 23 mars 1871, Mandelert met en vente sa collection, partiellement présentée en 1857 aux sociétaires de l’Émulation. Peu après, il quitte Bellelay, puis il décède. Il figure dans la liste des sociétaires décédés, reproduite dans les ASJE 1871 : « M. Mandelert, nom inséparable de celui d’une vieille abbaye, ce Bellelay qu’il affectionnait, et sur lequel convergèrent plus de vingt ans ses recherches et son activité toujours juvénile. »

Philippe Hebeisen, 9/02/2017

Fonds d'archives

AAEB, FK 108, dossier Pierre Mandelert (1856-1871), 37 pièces, spécial. : lettre du 31 mai 1860 ; lettre du 25 sept. 1862 ; lettre du 14 déc.1862 ; avis de décès du 25 juillet 1871.
Archives départementales de la Haute-Saône (A.D.H.S.), Château-Lambert 1803/1812, registre d’état civil, consultable en ligne (vue n°  69/76).
ArCJ, 5 J 59.67, Monnin, A(ugus)te et L(oui)s, Bellelay : Facture à Georges Imer, Tavannes, avril 1851.
AEB, Bez Moutier B 564, n° 1998, minute du notaire Olivier Bernard, 30 juin 1860.
AEB, Bez Moutier B 564, n° 2128, minute du notaire Olivier Bernard, 9 juillet 1861.

Bibliographie

Cyrille Gigandet, « Bellelay, histoire d’une ancienne abbaye de Prémontré », in Intervalles. Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne, n° 15, juin 1986, p. 9-153, notamment pages 146-147 et n. 314
Cyrille Gigandet , « Bellelay dans l’histoire jurassienne ; prospection bibliographique et perspectives de recherches », in Cyrille Gigandet (éd.), Bellelay : de la légende à l’histoire. Actes du colloque tenu à Bellelay le 19 septembre 1987, s. l. (Intervalles), 1988, p. 9-23, voir p. 9, 13-15 (importance de la collection Mandelert), 21 n. 4, 22 n. 19 et suiv.
María Nogueira, Bellelay, ancien couvent devenu hôpital psychiatrique (1789-1960), Neuchâtel (mém. lic.), 2007, p. 21, 23
Ali Rebetez, Table générale des matières contenues dans le volume des « Actes » de 1847 à 1957, Porrentruy, 1958, p. 26
ASJE, 1857, p. 54-56 ; 62 ; 220-221 ; 217-218
ASJE, 1859, p. 81-84
ASJE, 1871, p. 13
Philippe Hebeisen, « Les brasseries Japy et Monnin de Bellelay et leurs entrepreneurs (env. 1801-1870) : histoire d’une entreprise sans archives », in Jean-Claude Rebetez et Damien Bregnard (éd.), BELLELAY 1714-2014. Des chanoines prémontrés à l’espace d’art contemporain, actes du colloque du 20 septembre 2014, ASJE, 2015, pp. 247-248