Ehrensperger-Katz, Ingrid, Dr. phil. (1936-2007)

Ehrensperger-Katz, Ingrid, Dr. phil. (1936-2007)

Née à Giessen (Hessen, D) le 25 avril 1936. Fille de confiseurs propriétaires du Café Rühl (du nom de ses grand-parents maternels). Cadette de trois enfants. En 1964, épouse Jean Ehrensperger (1934-2019), originaire de Frauenfeld (TG), médecin-chef et chirurgien à l’hôpital d'enfants de Bienne. Trois enfants. Divorcée en 1999. Décédée le 13 avril 2007 à Bienne. Confession luthérienne et protestante à Bienne mais pas pratiquante; pas de funérailles religieuses.

Historienne de l’art et de l’architecture, directrice du service des monuments historiques et du patrimoine à Bienne et première directrice du Musée Neuhaus (actuel NMB Nouveau Musée Bienne).

Premières années : de Giessen à Bienne
E.-K. passe son enfance et sa scolarité à Giessen, dans un contexte marqué par la Seconde guerre mondiale. Le 6 décembre 1944, le domicile et le commerce familial sont démolis suite à un bombardement qui détruit la ville aux trois-quarts. L’activité de boulanger du père permet toutefois de maintenir la famille à flots. Dès 1956, E.-K. entame des études de lettres et d’histoire de l’art à Munich, puis à Berlin. Intéressée par le français, elle obtient une bourse lui permettant d’étudier à Paris, où elle rédige une thèse de doctorat sous la direction du Prof. André Grabar (1896-1990) à l’École pratique des hautes études, Université de Paris, thèse intitulée Les représentations des villes dans l’art chrétien avant l’An Mille (1963). E.-K. épouse Jean Ehrensperger en février 1964 et déménage à Lausanne puis Hindelbank (BE) avant de s’installer à Bienne, où son époux obtient un poste de chirurgien à la clinique pour enfants Wildermeth (il y sera médecin-chef de 1972 à 2000). Le couple vit d’abord à la rue Aebi et plus tard dans la villa « Jägerstein », bâtisse emblématique construite en 1863 à la rue des Alpes, dans le quartier du Vignoble.

Service du patrimoine

E.-K. est reconnue pour ses contributions notables à l’étude de l’architecture et du patrimoine bâti de Bienne. Au cours des années 1970, elle rédige des guides pour la Société d'histoire de l'art en Suisse (SHAS/GSK) et propose des visites guidées. Elle publie également des comptes-rendus et critiques d’exposition. De 1973 à 1979, E.-K. enseigne l’histoire de l’art à la section d’architecture de l’école d’ingénieurs de Bienne (ancien Technicum, 1890-1977). Elle dirige ensuite le service des monuments historiques et du patrimoine de la Ville de Bienne (1978-1984). Cette fonction permet d’accomplir des études sur les fortifications médiévales de la vieille ville et sur l’architecture Bauhaus (Neues Bauen) à Bienne. Elle accompagne également la rénovation du « Rockhall » (Faubourg du Lac 103), contribue à l’inventorisation du patrimoine bâti pour l’inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse (ISOS), et participe au programme de recherche FNS de la ETH Zurich (Prof. Dr. Paul Hofer, Prof. Dr. A. Corboz) pour la partie concernant Bienne.

Pour un musée d’art et d’histoire à Bienne

E.-K. est avant tout reconnue pour avoir été la première conservatrice du Musée Neuhaus, musée d’art et d’histoire de Bienne (1984-1998). Celui-ci voit le jour grâce au don de Dora Neuhaus (1889-1975, issue d’une famille d’industriels) dans les locaux de l’ancienne fabrique d’Indiennes (1747-1842) sise à la promenade de la Suze, face au Musée Schwab (musée d’archéologie depuis 1873). Mandatée en 1982 par la Fondation Charles Neuhaus, E.-K. développe un concept pour le musée, qui abrite également la collection Robert (du nom des peintres de la famille Robert, descendants de Léopold Robert). Elle prend ensuite la direction de l’institution après le réaménagement de l’ancien appartement de Dora Neuhaus en un musée consacré entre autres à l’habitat bourgeois au XIXe siècle (ouvert au public en 1985). Pour la documentation, E.-K. et ses collaboratrices (l’historienne Margrit Wick-Werder, Martha Käser, Tatjana Schenkel et Bea Staub Hähnle) s’appuient notamment sur le récit et le savoir-faire de Lina Beck (1915-2012), qui fut la servante (selon les termes de l’intéressée) de Mlle Neuhaus dès 1932. L’équipe du Musée Neuhaus approfondit au fil des années les connaissances sur l’histoire locale et son industrie ainsi que sur les personnalités féminines qui ont marqué l’histoire et les arts de la région, de même que l’évolution des pratiques de l’entretien du ménage et l’économie familiale. Cette thématique fait l’objet de plusieurs expositions temporaires, consacrées notamment à la lessive (1988) ou encore aux habitudes alimentaires et aux provisions (1990). Des semaines de passeport-vacances permettent également de se familiariser avec la cuisine ou la lessive d’antan. En 1987, le Musée Neuhaus consacre une exposition à l’artiste biennoise Anna Haller (1872-1924), exposition qui rencontre un vif succès auprès du public. Les quatres initiatrices de l’exposition et autrices du catalogue éponyme (Daniela Ball, Hanna Strübin, Margrit Wick-Werder et E.-K.) sont auréolées du prix Trudy Schlatter, décerné par l’Association cantonale bernoise d’organisations féminines. En novembre 1991, la population biennoise vote un crédit de 5.67 mio de francs, qui permet (avec d’autres contributions) de réaliser la rénovation et l’extension du Musée Neuhaus, qui ouvre à nouveau en 1994. E.-K. prend sa retraite en 1998 (l’historien Pietro Scandola lui succède à la direction de l’institution). Membre fondatrice depuis 1975 de l’Association biennoise des musées, E.-K. se bat bec et ongles contre sa dissolution en 2003 et plaide pour la création de la Société biennoise d’Histoire et des Musées.

Autres engagements à Bienne
En 1991, la Ville de Bienne décerne à E.-K. une distinction pour ses mérites dans le domaine de la vie culturelle locale. Elle est également désignée « personnalité biennoise de l’année » par l’hebdomadaire BielBienne en 1995. Dès le début des années 1980, elle s’engage pour la préservation de l’atelier Robert au Ried (Bienne) aux côtés de Lilly Carel, la « force motrice » du projet d’après l’historienne Margrit Wick-Werder. E.-K. est membre de la Fondation Collection Robert de 1979-1991, puis à nouveau dès 2003, et de la Fondation Kunst auf dem Lande (1992-2004). Elle est également membre du Kunstverein de Bienne. En 1999, elle intègre la Société suisse des femmes artistes en art visuels (SSFA/SGBK) et élabore la section documentation. En l’espace de deux ans, elle documente près de 1400 artistes féminines. L’engagement continu de E.-K. lui vaut d’être consultée par le Conseil municipal biennois (probablement par le socialiste Hans Stöckli) pour proposer des noms de rue féminins, suite à un postulat déposé au Conseil de Ville biennois par la députée Marie-Thérèse Sautebin en 1990. Les nouvelles rues prendront le nom de Lore Sandoz-Peter (1899-1989) et Marguerite Weidauer-Wallenda (1882-1972), dans le quartier du Petit-Marais, en 2000.

Publications
Auteure de nombreux articles et publications, E.-K. est également membre du Comité de rédaction des Annales biennoises (1974-2000, et non jusqu’en 2003 comme indiqué dans sa nécrologie d’après M.W.-W.) et signe plusieurs chroniques dans le quotidien germanophone Bieler Tagblatt (autour de 1999, la chronique « Mein Biel »). En 1999, elle débute un projet de livre au sujet de personnalités féminines biennoises suite à une courte exposition au Musée Neuhaus mettant en lumière 20 femmes dont Anna Haller, Anna Müller-Blaser, Marguerite Weidauer-Wallenda, etc. à l’occasion de la Journée internationale des musées (thème : Histoires commémoratives, 1998). Un groupe de travail est constitué dans cette optique mais E.-K. doit renoncer en raison d’une grave maladie. Les travaux préparatoires pour cet ouvrage seront réutilisés pour la publication grâce à elles, dirigée par Ursula Lipecki avec le soutien de l’association Femmes en réseau – Frauenplatz (à laquelle E.-K. n’adhère pas).
Elle décède en 2007 à Bienne des suites d’une grave maladie.

Expositions :
E.-K. réalise quatre expositions majeures durant ses années au musée (voir liste ci-dessous). D’autres expositions furent confiées à des collaborateur·ice·s et/ou à des curateur·ice·s externes, voire reprises et adaptées d’autres musées (p. ex Mili Weber, peintre, 1991, de la maison Mili Weber (demi-soeur de Anna Haller), à Saint-Maurice, VS). En parallèle, E.-K. est occupée par la planification des travaux de réaménagement des bâtiments et la pérennisation du Musée Neuhaus.
Anna Haller (1872-1942). Les possibilités et les limites d'une artiste vers 1900, 1987
Linge, Lessive, Labeur, Musée Neuhaus, Biel/Bienne, 1988
Drahtesel – La petite reine. Bienne et le vélo 1880-1950,
1989
La Cigale et la Fourmi, alimentation et provisions au 19e siècle,
17.8.-29.10.1990

Publications (sélection) :

Ehemaliger Landsitz Rockhall Biel, Seevorstadt 103, Guide SHAS/GSK, Berne, 1979
Reformierte Stadtkirche Biel, Guide SHAS/GSK, Berne, 1980
Kunstführer durch die Schweiz – Kanton Bern, SHAS/GSK avec Andres Moser, Georges Herzog, Hermann Schöpfer, Jürg A. Keller, Jürg Schweizer, Ulrich Bellwald, Ulrich Haldi, Ursula Maurer, Cita Caviezel-Rüegg, Berne, 1982 [1976]
Arts et monuments Jura Bernois – Bienne et les rives du lac, Guide SHAS/GSK avec Andres Moser, Guide SHAS/GSK, Berne, 1982
« Altstadthäuser wuchsen in drei Schüben. Stadtkernforschung Biel», in Annales Biennoises, 1987
« Wohnen und Wohnkultur im 19. Jahrhundert» avec Martin Fröhlich, in Handbuch der Schweizerischen Volskultur, 1992
Le Musée Neuhaus à Bienne | Das Museum Neuhaus in Biel, Guide SHAS/GSK avec Bernhard Echte, Pietro Scandola, William Piasio, Berne, 1994
Die Magd und ihr Fräuliein. Lina Beck – Dora Neuhaus. Die Geschichte einer Annäherung, Museum Neuhaus, 2000
« François Verdan und die Indienne-Manufakturen von Greng und Biel im 18. und frühen 19. Jahrhundert », in Freiburger Geschichtsblätter, 2001
Biel Bienne, Guide SHAS/GSK avec Margrit Wick-Werder, Berne, 2002
« Raum für Kunst und Glauben: Léo-Paul Roberts Atelier im Ried bei Biel », in Art + architecture en Suisse, n°53, 2002, pp. 17 - 26
Sutz-Lattrigen, Guide SHAS/GSK avec Albert Hafner, Eva Rudolf, Berne, 2003
« Die Indienne-Druckerei im Drei-Seen-Land im 18. und 19. Jahrhundert », in Seebutz, Heimatbuch für das Seeland und Murtenbiet, 2003
« Im Lichtkreis der Petroleumlampe. Der Einfluss der neuen Lichtquellen auf die Einrichtung der Räume und das Zusammenleben ihrer Bewohner», in Kunst + Architektur in der Schweiz, 2004

Anne-Valérie Zuber, 28/04/2022
Dernière modification: 15/06/2022

Bibliographie

Franziska Burgermeister-Ilnseher, « Ingrid Ehrensperger-Katz », in Annales Biennoises, 2007, pp. 179-182
Nicole Hager-Oeuvray, « Bienne, elles sont dans les annales », in Femmes suisses et le Mouvevement féministe, organe officiel des informations de l’Alliance de Sociétés féminines de Suisse, 1998
Rahel Mösch, « Buchvernissage : « Die Magd und ihr Fräulein ». Eine besondere Frauenbeziehung », in Bieler Tagblatt, 31.08.2000
Sabine Pirolt, « Prix de la ville : L’image et le musée », in Journal du Jura, 16.12.1991
Fritz Ulfers, Inge Schleier, Andreas Meier, Nicolassina ten Doomkaat, Albrecht, Jeanne et Elisabeth Ehrensperger, « Gedenkfeier Ingrid Ehrensperger Katz », plaquette commémorative éditée à l’occasion d’une cérémonie à la mémoire de la défunte, 20.04.2007, Musée Neuhaus, Faubourg du Lac 26, Bienne.
Margrit Wick-Werder, « Sachwalterin des kulutrellen Erbes der Stadt Biel », in Frauenplatz Biel | Femmes en réseau (éd), bieler Frauen – grâce à elles, 2009, pp. 154-159
« Femmes biennoises » in Ville de Bienne, https://www.biel-bienne.ch/fr/femmes-biennoises.html/1583 (consulté le 20.03.2022)
« Zwei Gastgeberinnen gingen 1998 in Pension...», in Bieler Tagblatt, 31.12.1998
« Bieler Frauenbiographien: Das Leben entscheidend mitgeprägt», in Bieler Tagblatt, 27.11.1998
« Un bon appétit ! », in Journal du Jura, 16.10.1990
« Les honneurs », in Journal du Jura, 05.10.1987
« Kochen in Urgrossmutters Küche. Erfolgreiche Ferienpass-Aktion für zehn Bieler Mädchen », in Der Bund, 12.07.1982
« Dr. med. Jean Ehrensperger », in swiss-pediatricsurgery.org, 2019, http://www.swiss-pediatricsurgery.org/images/JEhrensperger.pdf (consulté le 20.03.2022)
Informations transmises le 11.04.2022 par Dr. Margrit Wick-Werder, historienne biennoise et collaboratrice de longue date de Ingrid Ehrensperger-Katz (dès 1981)

Iconographie

Ingrid Ehrensperger-Katz, in Annales biennoises, 2007, avec l’autorisation de la rédaction