Parti socialiste jurassien (PSJ)

La fondation du Parti socialiste jurassien (PSJ) en 1919 est le résultat de la fusion de deux fédérations socialistes, celle du Jura-Nord (fondée en 1912) et celle du Jura-Sud (fondée en 1911).
Avant même la Révolution industrielle de la fin du XIXe siècle, les théories socialistes se propagent dans la région jurassienne, preuve étant la présence de plusieurs sections d’ouvriers locales et de syndicats horlogers. Et ceci malgré une forte répression patronale et l’hostilité des autorités tant civiles que religieuses, ces dernières surtout influencées par les démocrates-chrétiens et leurs nombreuses organisations ouvrières chrétiennes-sociales. L'organisation définitive des socialistes jurassiens est menée par le parti cantonal bernois et selon les statuts du Parti socialiste suisse (PSS) fondé en 1888. Par conséquent, en raison du découpage des circonscriptions électorales de l'époque, les socialistes sont groupés en deux fédérations distinctes. Le Parti socialiste du Jura-Sud, qui a comme objectif l’organisation politique des ouvriers dans le fief radical constitué par les districts de Moutier, Courtelary, La Neuveville et des Franches-Montagnes. Le Parti socialiste du Jura-Nord se trouve en situation plus délicate, dans une région moins industrialisée et à majorité catholique, dans les districts de Delémont, Porrentruy et Laufon. Finalement, ces deux fédérations du Jura-Nord et du Jura-Sud fusionnent le 7 septembre 1919 à Sonceboz, créant ainsi un Parti socialiste du Jura bernois (PSJB). La nouvelle formation englobe une vingtaine de sections, six députés au Grand Conseil Bernois et deux conseillers nationaux : Emile Ryser et Achille Grospierre.
Alors que le Parti socialiste est bien ancré sur le territoire jurassien, il perd de sa vigueur pendant les années qui suivent, retrouvant à nouveau son électorat lors de la crise de 1929. Les ouvriers jurassiens se tournent alors du côté des organisations syndicales et socialistes et, vers 1935, le PSJ atteint la plus large popularité de son histoire : il compte alors plus de 6500 électeurs, soit 20% des inscrits et 28% des votants. Lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, le PSJ traverse à nouveau une période instable, notamment marquée par la perte d’une partie de son électorat, une désorganisation interne et des discordes politiques. Berne réorganise le parti par le biais du secrétaire du PSB, Fritz Giovanoli, et de Georges Moeckli, conseiller d'Etat, qui prend la présidence du PSJ en 1940. Doté de nouveaux statuts rédigés par le secrétaire romand du PSS Pierre Graber, le PSJ se redresse dans l'immédiat après-guerre. Au milieu des années 1950, le socialisme jurassien a presque retrouvé les effectifs et le soutien de la première moitié des années 1930. Au cours des deux décennies suivantes, le PSJ subit une lente perte de son électorat, une situation que s’étend aussi au niveau national.
La posture du Parti socialiste jurassien vis-à-vis de la Question jurassienne, de l'affaire Moeckli en 1947 jusqu'au plébiscite du 23 juin 1974, est représentative de l’évolution subie par le parti dans sa composition sociologique, son implantation géographique et par une certaine faiblesse idéologique. Lors du Congrès du 26 mars 1950, le parti statue qu'un membre du parti socialiste est libre d'avoir sa propre opinion concernant la situation jurassienne. Evidement qu’il s’agit d’un choix personnel, par conséquent le militant socialiste se doit de respecter les décisions prises par le parti. Officiellement, dans l’affrontement entre le mouvement séparatiste représenté par le Rassemblement Jurassien (RJ) dès 1951 et l’Union des Patriotes Jurassiens (1952) soutenu par le Parti socialiste bernois, le PSJ respecte sa position de neutralité. Pourtant, l’engagement des militants jurassiens dans les deux camps provoque plusieurs tensions et affrontements. Ces divisions atteignent une ampleur inégalée en janvier 1960, lorsque l'ancien conseiller d'Etat bernois Henri Huber, de Moutier, parvient à faire exclure Roland Béguelin, secrétaire général du RJ, du parti. Une mesure que la section de Delémont refuse d'appliquer. Le déchirement du Parti Socialiste recouvre le clivage entre le nord et le sud du Jura, représentatif du déplacement du centre de gravité du parti sur l'axe Bienne-Moutier-Delémont. Un élément dont il faut certes tenir compte. Toutefois le déchirement est tout aussi politique. Ainsi, la droite du PSJ, sociale-démocrate et très gouvernementale, affirme son opposition à l’autonomie car, par la création d'un nouveau canton, le parti risque de perdre de son influence. L'aile gauche considère au contraire que la position défendue par la section conservatrice du PSJ empêche le renforcement des socialistes jurassiens. En automne 1967, les socialistes témoignent un autre moment d’exception provoqué par les tensions internes avec l'exclusion de Pierre Gassmann de la fraction socialiste du Grand Conseil Bernois. Pierre Gassmann incarne les aspirations progressistes et autonomistes d'une partie des militants, en particulier de la jeunesse socialiste. Les sympathisants déçus par les évènements décident de soutenir dès lors le Parti ouvrier populaire (POP). Lors des élections fédérales de 1971, autour de la reconquête du siège au Conseil National, Pierre Gassmann soutenu par le Rassemblement jurassien bat le conseiller d'état Henri Huber.
Après le vote du 23 juin 1974, un nouveau Parti socialiste du canton du Jura (PSJU) est établi le 3 mai 1975. Dans les districts jurassiens demeurés bernois, les socialistes sont divisés en deux sections : le Parti socialiste du Jura bernois (PSJB), idéologiquement social-démocrate et opposé à la réunification du Jura, et le Parti socialiste autonome (PSA), plus à gauche et partisan de la réunification.

Magda Lopes Ferreira et Iann Gaume, 24/07/2015
Dernière modification: 16/09/2015

Fonds d'archives

Service de l'information et de la communication (SIC, Delémont), dossier 1720 : PSJU, Généralités

Bibliographie

Eugène Claret, Les partis politiques en Suisse, Vevey, 1975
Bernard Degen, « Parti Socialiste », in Dictionnaire Historique de la Suisse, url : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F17393.php (6.1.2014)
François Kohler, « La genèse et les débuts du parti socialiste dans le Jura bernois (1864-1922) », Actes de la Société jurassienne d'émulation, 72, 1969, p. 149-184
François Kohler, Le Parti socialiste et la Question Jurassienne 1947-1974, Genève, 1979
François Kohler (dir.), Le socialisme et la Question jurassienne : 1947-1974, 6e colloque du Cercle d'études historiques de la Société jurassienne d'émulation [tenu à Delémont, le 5 mai 1979], Actes de la Société jurassienne d'émulation, 1979, p. 267-314
Olivier Meuwly, Les partis politiques : acteurs de l’histoire suisse, Lausanne : PPUR, 2010
Alain Pichard, La question jurassienne : avant et après la naissance du 23e canton suisse, Lausanne : PPUR, 2004
Jean-Claude Rennwald, La transformation de la structure du pouvoir dans le canton du Jura : (1970-1991) : du séparatisme à l'intégration au système politique suisse, Courrendlin : Communication jurassienne et européenne, 1994