Hospitalières de Porrentruy

Si la fondation du couvent des hospitalières de Porrentruy date de 1765, des documents datant du XIVe siècle attestent déjà de la présence d'une léproserie puis d'un hôpital à Porrentruy. Le 1er novembre 1406, ce dernier est officiellement reconnu par un acte de fondation. Des bâtiments sont construits, aussitôt dotés d'une chapelle dédiée à la Vierge et à Saint-Eloi en 1415. Dès 1748, on parle d'apporter des changements dans le règlement de l'hôpital ainsi que des rénovations au bâtiment qui menace de s'écrouler. Il faut néanmoins attendre 1759 pour qu'un nouveau projet de règlement soit agréé par le prince-évêque Guillaume Rinck de Baldenstein. En 1760, Antoine-Clériadus de Choiseul-Beaupré, archevêque de Besançon et à ce titre maître de Porrentruy sur le plan spirituel, décide de s'associer aux démarches entreprises par le prince-évêque. En juillet 1760, l'Ordonnance pour le rétablissement de l'hôpital redéfinit son organisation, notamment en confiant les soins à des religieuses hospitalières. La construction de nouveaux bâtiments est aussi décidée. Après s'être mis d'accord pour le terrain de la Franche Courtine, située au coeur de Porrentruy, les travaux peuvent débuter en janvier 1762. Le bâtiment est béni le 21 juin 1765.
Au cours du XIXe siècle, plusieurs travaux d'extension et d'aménagement sont effectués, dus notamment à l'augmentation du nombre de malades. Le bâtiment conserve sa vocation d'hôpital jusqu'en 1956, date à laquelle un nouveau complexe plus moderne est construit. Au début des années 1960, il accueille l'école secondaire de jeunes filles puis, dès 1987, un centre culturel comprenant musée et bibliothèques.

Les trois premières soeurs hospitalières à oeuvrer à Porrentruy sont Marie-Eve Ostertag, Marie-Anne Jeannerat et Marguerite Pêcheur. Elles suivent toutes trois une formation à Pontarlier avant d'être admises à la profession le 29 avril 1765. Bien qu'elles jouissent d'une certaine autonomie, elles demeurent néanmoins sous la dépendance du bureau de direction de l'hôpital. Rapidement, leur nombre sera augmenté. Cinq au début du XIXe siècle, elles sont une dizaine entre 1875 et 1927. A leur maximum, elles sont 35 en 1973 puis 19 en 1991. Elles ne s'occupent néanmoins pas seules de la tenue de l'établissement, elles sont en effet entourées de domestiques et de personnel plus spécifique (boulanger, chirurgien, médecin, barbier, veilleurs, etc).

Outre l'accueil des malades (en priorité les bourgeois, puis les habitants, les résidents et en dernier lieu les étrangers), l'hôpital se livre aussi à d'autres activités sociales, telles que la distribution d'aumônes (pain, grain et argent), la prise en charge de frais d'apprentissage pour des jeunes dans le besoin ou l'aide aux orphelins.
Le travail de la mère supérieure, élue en principe tous les trois ans, consiste notamment en la tenue des comptes de la « petite dépense », c'est-à-dire tout ce qui a trait à l'économie domestique. Elle prend part en outre aux séances du bureau de la direction, se prononce lors des admissions des malades et dans le choix des postulantes. Les autres soeurs ont la tâche de dispenser les soins et d'assumer les travaux d'intendance, tels que la cuisine et le jardinage.
En 1956, les soeurs quittent définitivement l'Hôtel-Dieu pour s'installer dans les nouveaux bâtiments. En 1973, un contrat signé entre l'hôpital de district et la communauté permet aux religieuses d'obtenir un statut équivalent au personnel laïc en ce qui concerne la formation professionnelle, les salaires, les horaires et les congés. En 1975 est construite une maison indépendante, reliée à l'hôpital par une passerelle, qui permet aux religieuses de trouver l'intimité indispensable à leur vie spirituelle.
La communauté de Porrentruy, dont la spiritualité s'aligne sur les hospitalières de Besançon, elles-mêmes issues de Beaune, a fondé deux filiales : Soleure (1788) et Delémont (1851).

Emma Chatelain, 7/12/2006
Dernière modification: 26/07/2010

Bibliographie

Nicole Quellet-Soguel, "Hospitalières de Porrentruy", in Helvetia Sacra, VIII/I, 1994, pp. 364-388.
Pierre-Yves Donzé, L'hôpital bourgeois de Porrentruy, Porrentruy, CEH, 2000.
Pierre-Yves Donzé, « Entre science et religion à l'hôpital de Porrentruy (1870-1940) : les soeurs hospitalières face à l'affirmation du pouvoir médical », in L'Hôtâ, 25, 2001, pp. 49-59.