Parti libéral-radical jurassien (PLRJ)

Héritier des libéraux des années 1830 et des partisans du Kulturkampf, le Parti libéral jurassien est pourtant la section jurassienne du Parti radical-démocratique (PRD) bernois, malgré son nom. En effet, pour marquer sa différence à la fois sur le terrain linguistique et sur la tradition historique, il fut décidé de désigner le mouvement en tant que libéral sous l’appellation Association populaire libérale jurassienne, puis sous celle de Parti libéral jurassien. Le terme libéral-radical apparaît ainsi pour désigner les membres de l’organisation du fait de leur nom officiel et de l’influence du radicalisme (conseillers d’Etat, députés, préfets, juges,…) au sein du canton de Berne, Jura inclu. Oscar Billieux, président du parti dans les années 1930, décrira cette réalité en affirmant que « le parti libéral s’honore d’avoir été le fondateur de la grandeur bernoise dans sa forme et ses institutions ». Le mouvement s’inscrit logiquement dans une phase de domination politique au sein des districts jurassiens, comme l’avait été l’ensemble des élus réunis par la doctrine radicale durant la seconde moitié du XIXe siècle. Le mouvement en tant qu’organisation politique fut fondé en 1912 lorsque ses membres décidèrent le regroupement des sections au niveau jurassien. De ce fait, l’Association populaire libérale changea d’appellation et devint le Parti libéral jurassien.
Néanmoins, cette position de force sera remise en cause lors de la votation (acceptée) sur l’élection du Conseil-exécutif par le peuple en 1906, ce qu’il avait combattu par tous les moyens (on peut citer le faible nombre de signatures récoltés dans le Jura, aucun paraphe n'étant même récolté dans les districts de Delémont, des Franches-Montagnes et de La Neuveville). De plus, à l’instar du parti national, il dut faire face à l’émergence du Parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB) qui le déborda sur sa droite (les libéraux parlèrent de lâchage agraro-bernois). Bien que ce nouveau mouvement ne fût pas instantanément influent dans la partie jurassienne du canton, le Parti libéral jurassien dut composer avec un nouvel adversaire en complément de ses rivaux démocrate-chrétien et socialiste qui étaient bien implantés dans les districts jurassiens.
La Question jurassienne marque une étape fondamentale dans l’histoire du parti. Au lendemain de l’affaire Moeckli, les radicaux jurassiens comptent plusieurs de leurs membres au sein du Comité de Moutier, dont Edmond Choulat (ancien président radical du Grand Conseil) fut le président. Petit à petit, face à l’émergence du Rassemblement jurassien (RJ, surtout composé de conservateurs-catholiques et de socialistes), le parti se résout à rejoindre le mouvement antiséparatiste, ce malgré le fait qu’il avait déclaré en 1950 que « dans le sens où le mouvement séparatiste représente une part de l’opinion publique, il [le PLR] n’a pas à émettre un jugement quelconque à l’encontre ou en faveur de ce groupement. Il favorisera l’unité jurassienne et évitera de mener ». Toutefois, en 1952, le Parti libéral-radical jurassien avait quitté le Comité de Moutier, annonçant son soutien prochain à la thèse antiséparatiste.
La position des radicaux jurassiens s’explique en grande partie à cause de celle de leurs rivaux conservateurs-catholiques. En effet, la tension entre ces deux formations, plus connue sous le nom de lutte des rouges contre les noirs, était aussi vive dans les années d’après-guerre (particulièrement lors des années 50-60) que durant le XIXe siècle. Les conservateurs-catholiques (tenus à l’écart du pouvoir bernois) étant favorables à la création d’un nouveau canton formé des districts francophones, les radicaux ne pouvaient qu’y être opposés, malgré quelques propositions d’ouverture envers leurs adversaires (pourparlers pour avoir un conseiller d’Etat « noir » dans les années 50). En soi, la nouvelle appellation du parti en Parti libéral-radical en 1955 témoigne à la fois le désir de se rapprocher le plus possible de l’idéologie radicale classique (centraliste au contraire de conservateurs plus tournés vers le régionalisme) et d’afficher son lien avec le grand vieux parti bernois (cela montrait également que le PLRJ était un parti bernois de langue française).
Le problème jurassien a profondément marqué le parti libéral-radical jurassien qui, jusqu’au 23 juin 1974, était le seul parti à avoir des députés dans l’ensemble des districts. Bien que la majorité de ses membres étaient acquis aux probernois (le radical Marc Houmard étant le président de l’Union des patriotes jurassiens (UPJ)...), il y eut des radicaux au sein du mouvement de la Troisième Force (qui prônait une autonomisation du Jura au sein de Berne, reprenant en grande partie les thèses du Comité de Moutier), mais également au sein du Rassemblement jurassien, comme par exemple Roger Jardin, qui représentait la dissidence au sein du parti. Alors que le mot d’ordre du PLRJ était de soutenir soit le statu quo, soit un statut d’autonomie, certains désirèrent tenter l’aventure d’un nouveau canton et formèrent une dissidence au sein du mouvement. Cette dernière fut provoquée par des mises à l’écart (épisode du député sudiste Rémy Marchand qui fut écarté de la liste radicale pour ses sympathies séparatistes) ou des incompréhensions par rapport au changement de position du parti face à la Question jurassienne malgré sa promesse de 1950 (voir plus haut). De ce fait, un parti libéral indépendant fut constitué en 1966 dans le district de Moutier pour regrouper les radicaux défavorables à la ligne du parti classique (à la fin des années 70, le Parti libéral jurassien (PLJ), autonomiste et plus centriste que les radicaux, lui succéda). Cette initiative sera imitée en 1974 par Roger Jardin et Jean Miserez qui créèrent le Parti libéral-radical indépendant (puis Parti radical-réformiste ou PRR) qui réunit les radicaux séparatistes du Jura-Nord. Si ces nouveaux mouvements trouvent leurs racines dans l’attitude à adopter face au conflit jurassien, cela s’explique également par le fait que les Marchand, Jardin et consorts considérèrent que le PLRJ était depuis longtemps en phase d’upéjisme (PLRJ= vitrine politique de l’UPJ ?) et même en symbiose avec le PAB/UDC, alors que l’histoire moderne du radicalisme jurassien (et bernois) avait été marquée par cette césure entre radicaux et agrariens, ces derniers leur ayant pris leur place prépondérante au sein de l’ancien canton dans les années 1920.
Confronté à des crises internes et à la mise en place de la République et Canton du Jura, le Parti libéral-radical du Jura-Nord dut se réinventer en section cantonale du PRD suisse, toujours sous l'appelation de Parti libéral-radical jurassien, tandis que les sections du Jura-Sud composèrent le Parti radical du Jura bernois (PRJB). Durant les travaux de l’Assemblée constituante, la majorité fit payer aux radicaux leur positionnement durant les années de braise en n’élisant aucun radical pour une présidence de commission ou en ne retenant pas le candidat officiel du parti lors du renouvellement du bureau en 1977 (Pierre Etique évincé au profit d’Antoine Artho).

Présidents du Parti libéral-radical jurassien :
années 1900-1910 Maurice Goetschel
années 1920-1930 Oscar Billieux
années 1940 Henri Farron
1954-1958 Simon Kohler
1958-1962 Francis Montavon
1962-1968 Ami Roethlisberger
1969-1976 Maurice Péquignot

Frédéric Maillard, 28/07/2015
Dernière modification: 27/08/2015

Fonds d'archives

Archives cantonales jurassiennes (ArCJ), fonds Xavier Billieux (63 J), Roger Jardin (148 J) et Alfred Ribeaud (66 J)

Bibliographie

Paul-Otto Bessire, Histoire du Jura bernois et de l’ancien Evêché de Bâle, Moutier, 1977
Charles-André Gunzinger et Denis Moine, L’Assemblée constituante jurassienne, Delémont, 1976
Alain Pichard, La Question jurassienne. Avant et après la création du 23e canton suisse, 2004
Jean-Claude Rennwald, La transformation de la structure du pouvoir dans le canton du Jura 1970-1991. Du séparatisme à l’intégration au système politique suisse, Courrendli, 1994
www.chronologie-jurassienne.ch (28.10.2014)
www.dhs.ch (notice Parti radical-démocratique suisse (PRD))
Bulletin du Parti libéral du district de Porrentruy, n° 1, mai 1930
Bulletin de la Société jurassienne des officiers, n° 25, février 2009
Le Démocrate, 8 octobre 1905 ; 4 février 1906 ; 30 juillet 1912 ; 23 octobre 1972 ; 16 mars 1973 ; 13 janvier 1976 ; 17 janvier 1976 ; 29 janvier 1977 ; 17 août 1982 ; 21 août 1982 ; 22 avril 1989
L’Express, 15 août 1973
Le Franc-Montagnard, 25 février 1919 ; 21 octobre 1958
L’Opinion radicale, n° 1, septembre 1977
Le Radical jurassien, n° 3, mars 1950 ; n° 10, octobre 1954
La Tribune du Jura, 3 octobre 1952 ; 9 novembre 1954